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Notre-Dame-des-Fleurs

Category: Livres,Romans et littérature,Livres de référence

Notre-Dame-des-Fleurs Details

Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures, la tête emmaillotée de bandelettes blanches, religieuse et encore aviateur blessé, tombé dans les seigles, un jour de septembre pareil à celui où fut connu le nom de Notre-Dame-des-Fleurs. Son beau visage multiplié par les linotypes s'abattit sur Paris et sur la France, au plus profond des villages perdus, dans les châteaux et les chaumières, révélant aux bourgeois attristés que leur vie quotidienne est frôlée d'assassins enchanteurs, élevés sournoisement jusqu'à leur sommeil qu'ils vont traverser, par quelque escalier d'office qui, complice pour eux, n'a pas grincé. Sous son image, éclataient d'aurore ses crimes : meurtre 1, meurtre 2, meurtre 3 et jusqu'à six, disaient sa gloire secrète et préparaient sa gloire future.

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[Le commentaire a dû être édulcoré, les algorithmes Amazon n'admettant pas certains termes qui pourtant sont en correspondance absolue avec le style et le propos de Genet.]Jean Genet prévient dès les premières pages de Notre-Dame-des-Fleurs (publié d??abord en 1944, révisé pour Gallimard en 1951) : « Il se peut que cette histoire ne paraisse pas toujours artificielle et que l??on y reconnaisse malgré moi la voix du sang : c??est qu??il me sera arrivé de cogner du front dans ma nuit à quelque porte, libérant un souvenir angoissant qui me hantait depuis le commencement du monde, pardonnez-le-moi. Ce livre ne veut être qu??une parcelle de ma vie intérieure. » La formule est modeste, mais soutenue par une écriture forte, à la syntaxe et au lexique riches, et surtout feignant que ce récit n??est pas grand-chose alors qu??il est une explosion, une super-nova comparé aux pétards mouillés littéraires d??une pauvre auto-fiction contemporaine qui se revendique de Genet sans l??avoir lu et donc sans rien y avoir compris.A titre personnel, je ne peux pas prétendre être un spécialiste de Genet, n??ayant lu que Les Bonnes, Querelle de Brest et le présent roman, mais j??ai été emporté par ses phrases, par ces cascades verbales dans lesquelles on ne peut se baigner qu??au risque d??être emporté. Un autre exemple : « La poésie est volontaire. Elle n??est pas un abandon, une entrée libre et gratuite par les sens ; elle ne se confond pas avec la sensualité, mais, s??opposant à elle, naissait, par exemple, le samedi, quand on sortait pour nettoyer les chambres, les fauteuils et les chaises de velours rouge, les glaces dorées et les tables d??acajou, dans le pré vert tout proche. » Ainsi le narrateur (un certain Jean Genet, qui écrit à la prison de Fresnes, en 1942) évoque-t-il une enfance à la campagne et un rapport concret au verbe, sans joliesse (mais que de beautés fulgurantes !), avec la volonté de dire le réel, ou du moins une part du réel.Cette part, pour Genet, c??est celle de la gouape et de l'homosexualité interdite, d??une vie au bord du crime mais sans aucune morale (« Hors la souffrance physique, je ne crains rien. La morale ne tient à moi que par un fil. »), sans aucun désir de rédemption : le péché auquel on goûte est un péché, et l??on ne doit pas s??en excuser, ni éprouver le désir de le normaliser. Ici, on se caresse, on suce, on sodomise (cette « Divine » autour de qui tourne l??essentiel du récit, à l??état civil prémonitoire : « Culafroy »? - ajoutez Jean comme prénom, et le tour est joué), on se prostitue auprès de bons pères de famille, on se travestit pour nier la bourgeoisie, cette grande ennemie du Beau ; on est des homosexuels, sans aucun désir d??homoparentalité, de mariage ou quoi que ce soit de semblable - Genet, homosexuel irrécupérable pour tous les LGBT du vingt-et-unième siècle. Cette littérature, à lire sous le manteau il y a soixante ans, ne peut s??adresser aux « bourgeois, qui sentent bien la poésie des vies de créateurs de poésie : danseurs, nègres, boxeurs, prostituées, soldats, mais qui ne voient pas que ces vies ont une attache terrestre, puisqu??elles sont grosses d??épouvante ».Il y a chez Genet une fascination pour la limite, pour le gouffre, quitte à y tomber et n??en pas ressortir, et ce gouffre s??appelle parfois prison, sur laquelle sont écrits ici des passages grandioses d??horreur ressentie. A se demander si, au fond, l??Enfer véritable pour Genet, ce n??est pas la vie bourgeoise, replète, éloignée de toutes chimères dont le pays est « le seule digne d??être habité ?? ????tel étant le néant des choses humaines que, hors l??être existant par lui-même, il n??y a rien de beau que ce qui n??est pas???? (Pope) ». D??où aussi un jeu sur la vraisemblance, une acceptation du fantasme en littérature qui fait littéralement jouir le lecteur : « Ne criez pas à l??invraisemblance. Ce qui va suivre est faux et personne n??est tenu de l??accepter pour argent comptant. La vérité n??est pas mon fait. Mais ????il faut mentir pour être vrai????. Et même aller au-delà. De quelle vérité veux-je parler ? S??il est bien vrai que je suis un prisonnier, qui joue (qui se joue) des scènes de la vie intérieure, vous n??exigerez rien d??autre qu??un jeu. »Et donc, tout cela n??est qu??un jeu, tragique et sans morale, auquel se livre un univers interlope défunt, qu??illustre à merveille la photo de Brassaï choisie pour l??édition Folio de Notre-Dame-des-Fleurs, roman sur un assassin à la beauté envoûtante que son exécution rend pourtant plus vivant que bien des hommes et des femmes, dont les m?urs sans aucune justification ni pardon éclairent pourtant le monde par la vertu du style adopté par Jean Genet, l??un des derniers grands écrivains français, un style rare, embrasant la langue française par sa préciosité, sa précision et sa vulgarité sans fards.

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Les 36 situations dramatiques: Maîtriser l??art narratif grâce à l??exploration des principes dramatiques pour écrire un roman

Category: Livres,Romans et littérature,Livres de référence

Les 36 situations dramatiques: Maîtriser l??art narratif grâce à l??exploration des principes dramatiques pour écrire un roman Details

Le Français Georges Polti élabore en 1895 une théorie selon laquelle la dramaturgie théâtrale décline à l’infini un nombre fini de 36 situations dramatiques. Soit en les mettant au goût du jour, soit en les associant.Ce livre de Georges Polti présente trente-six situations dramatiques avec, pour chacune, les rôles ou « éléments dynamiques indispensables » qu'elle implique. Ainsi par exemple, la situation Implorer demande un Persécuteur, un Suppliant et une Puissance indécise. Les Situations sont ensuite détaillées en nuances (« Fugitifs implorant un puissant contre leurs ennemis »), et pour chaque nuance sont donnés des exemples dans le théâtre de toutes les époques et tous les continents, les contes, le roman ou la vie réelle.Car ce sont les émotions et les passions humaines, qui n'ont guère changé depuis l'antiquité qui ressortent du livre de Polti. Des passions que l'on retrouve aujourd'hui aussi bien dans l'écriture narrative de romans que dans celle du scénario.Un livre détaillé qui peut bénéficier à tout auteur ou scénariste.

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La réédition de ce vieux livre est une excellente idée, saluée en son temps par une critique savante. Rien de nos jours ne périme cet ouvrage utile pour ceux que les scénarios du roman du théâtre et du cinéma passionnent

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Histoire des Francs

Category: Livres,Romans et littérature,Livres de référence

Histoire des Francs Details

Tableau saisissant d'une époque trouble et ensanglantée, du développement de l'Église comme unique puissance civilisatrice entraînant la conversion des peuples guerriers, jusqu'au récit de la vie des premiers apôtres et saints gaulois (dépo­sitaires de la civilisation gréco-latine), cette œuvre essentielle, aussi importante pour l'Histoire de France que pour l'histoire religieuse, est enfin rééditée dans son intégralité.Après une brève introduction consacrée à l'histoire universelle, d'Adam à saint Martin, commence le récit des faits historiques en Gaule, où l'invasion des Vandales et des Huns alterne avec l'Histoire de l'Église.À partir du Livre V, Grégoire relate les événements dont il a lui-même été le témoin. L'Histoire des Francs prend alors un caractère personnel et réaliste, qui emporte avec maestria l'adhésion du lecteur.

Reviews

Livre très intéressant, pour qui s??intéresse à cette partie de la naissance de l'histoire de ce qui deviendra la France, car on a là un témoignage en prise direct avec l'époque. Bien sur, il ne faut jamais perdre de vue que l'auteur était évêque, donc beaucoup de chose sont dites sous le prismes de la religion chrétienne ( qui, si on lit bien, était fort différente de celle d'aujourd'hui), mais une fois ce prisme religieux mit de côté, c'est un document historique fort intéressant...

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Les mots, la mort, les sorts

Category: Livres,Religions et Spiritualités,Esotérisme et Paranormal

Les mots, la mort, les sorts Details

Dans Les Mots, la mort, les sorts, Jeanne Favret-Saada, ethnologue de culture psychanalytique, enquête sur les sorciers et les jeteurs de sort du bocage mayennais. L'idée du sortilège s'impose quand le malheur se répète : vache qui meurt, fausse couche, pain qui ne lève pas... Aucune interprétation raisonnable ne peut alors prétendre résoudre l'énigme de la série qui n'appelle qu'une seule question : qui a jeté le sort ? Les vecteurs des sortilèges sont les mots. La parole maléfique doit être renvoyée à l'expéditeur pour qu'il en meure. L'ouvrage est composé de récits et de schémas exposant les relations imaginaires qui relient les protagonistes des drames relatés. Jeanne Favret-Saada, pour explorer cet univers où rien ne se voit et où tout se laisse entendre, a du abandonner la position d'observateur idéal de l'ethnologue classique et s'engager corps et âme dans le groupe, se laissant envoûter par l'efficacité des mots qui ensorcellent. L'ethnologie, un art de se laisser posséder par l'autre ? --Emilio Balturi

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l'auteure, anthropologue et psychanalyste, explique comment, pour effectuer son travail d'ethnologue, il lui a été impossible de rester à distance de son sujet, de simplement recueillir des témoignages; il lui a été nécessaire de s'immerger très fortement dans la sorcellerie, que ses interlocuteurs la considèrent comme "prise", ensorcelée ou désorceleuse; sinon, rien ne filtre, les interlocuteurs affirment ne pas croire à ses choses là, etc ...cette suppression d'une distance avec le sujet, pose des problèmes dans son travail d'anthropologue, et elle s'en explique longuement, s'interrogeant sur les limites imposées par l'anthropologie orthodoxe. c'est un livre dense, qui pose nombre de questions.

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